Quel lien entre cycle menstruel et humeur ?

Cycle menstruel et humeur

« Oula, t’es de mauvaise humeur toi… T’as tes règles ou quoi ?! » Une simple plaisanterie pour certain(e)s ; un commentaire acerbe et bien mal à propos pour d’autres. Nombre de femmes se sont déjà vu adresser cette remarque au détour d’une conversation jugée un peu trop houleuse par leur interlocuteur ou interlocutrice. Menstruation et irritation : une rime facile donc. Mais correspond-elle à la réalité ? On peut effectivement se demander s’il y a vraiment un lien entre cycle menstruel et humeur. Les différentes phases du cycle hormonal exercent-elles une influence sur l’état psychologique des personnes menstruées ? Quelles sont les croyances historiques et les conclusions scientifiques à ce sujet ? Comment les femmes d’aujourd’hui perçoivent-elles la chose ? Réponses à découvrir dans cet article, si l’humeur vous en dit !

Cycle menstruel et humeur : ce que l’Histoire raconte

La croyance populaire veut que règles et mauvaise humeur soient intimement liées. Mais d’où vient cette image de la femme particulièrement irritable et irritée pendant ses règles ? Probablement des nombreuses idées et théories qui ont construit l’histoire de la menstruation1. En effet, de l’Antiquité au XIXe siècle, les pertes mensuelles sont une énigme. Comment expliquer cette manifestation physique exclusivement féminine et visiblement liée au miracle de la conception ? Le mystère est grand. Pour tenter de le percer, penseurs et médecins, influencés par les vieilles superstitions et les idées religieuses de leur époque, élaborent différentes thèses. 

Puisqu’elle a ses règles, ou ne les a soudainement plus – quand elle est enceinte ou ménopausée –, la femme est perçue comme une figure à la fois étrange et instable. Indisposée, elle est une créature souillée et impure, le sang menstruel offrant la preuve matérielle de cette impureté. On lui impute la responsabilité de nombreux effets néfastes sur le monde qui l’entoure. Elle aurait le pouvoir maléfique de faire pourrir la viande, de tuer certains insectes ou de précipiter la fanaison des fleurs.
Dans le même temps et de façon quelque peu contradictoire, la menstruation est vue comme un phénomène de purification sain et bénéfique. Sur le plan médical, c’est une « saignée naturelle » ou une « soupape de sécurité » ; sur le plan religieux, c’est le moyen d’expier ses péchés, justifiant ainsi la douleur ressentie. 
À l’inverse, d’autres assimilent le flux menstruel à un dysfonctionnement pathologique. D’un point de vue psychologique, il provoquerait ou amplifierait certains troubles mentaux assimilés à de la folie plus ou moins passagère. Parmi ces « psychoses menstruelles » figurent la cleptomanie, la pyromanie, la nymphomanie et l’obsession suicidaire. 

Au milieu du XIXe siècle, le phénomène de l’ovulation est découvert. En 1924, la loi d’Ogino permet d’en déterminer la date de survenue précise. C’est cette compréhension croissante du fonctionnement de l’appareil génital féminin et de l’ensemble du cycle menstruel qui fait évoluer petit à petit les représentations et les mentalités. 

Cycle menstruel et humeur : ce que la science étudie

Le cycle menstruel devient un objet d’étude scientifique à partir des années 1930. Progressivement, les chercheurs s’intéressent aux effets des hormones sexuelles féminines sur les composantes psychiques telles que les fonctions cognitives, le comportement et les émotions. Cet intérêt est motivé notamment par la volonté d’explorer et de comprendre les différences entre les hommes et les femmes en neurosciences. 

Aujourd’hui, il est reconnu que les fluctuations hormonales du cycle menstruel modifient le cerveau chaque mois, ceci pouvant jouer sur l’état psychologique2-3-4. « Les hormones ovariennes affectent la structure, la chimie et la fonction du cerveau des femmes en âge de procréer, ce qui pourrait façonner leur comportement et leur santé mentale. […] Les niveaux d’estrogènes et de progestérone fluctuent tout au long du cycle menstruel et peuvent moduler les circuits neuronaux impliqués dans les processus affectifs et cognitifs. »3 Ceci expliquerait les changements d’humeur vécus par de nombreuses femmes au cours de leur cycle. « Les femmes ont un risque significativement plus élevé de développer des troubles de l’humeur que les hommes. Bien que les raisons de cette différence entre les sexes ne soient pas entièrement comprises, il est clair que l’évolution des niveaux d’hormones reproductrices tout au long du cycle de vie des femmes peut avoir des effets directs ou indirects sur l’humeur. »5 Ces modifications de l’humeur sont principalement constatées lors de la dernière semaine de la phase lutéale, c’est-à-dire à la fin du cycle. Elles font partie des symptômes de ce que l’on appelle les troubles prémenstruels, dont le syndrome prémenstruel (SPM) et le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). 

Le SPM est un ensemble de manifestations se produisant chez les personnes menstruées environ une semaine avant leurs règles et s’atténuant en général rapidement après leur apparition (quelques heures à un ou deux jours). Il combine des symptômes physiques – maux de ventre, douleurs dans les seins, etc. –, et psychologiques – irritabilité, agitation, tristesse, insomnie, etc. Il toucherait entre 20 et 50 % des femmes. La forme sévère du SPM, le TDPM, affecterait autour de 5 % de la population féminine réglée.6 Les symptômes sont similaires mais beaucoup plus intenses, plus douloureux et donc plus handicapants au quotidien : anxiété, stress, dépression, désespoir, baisse de l’estime de soi. Le TDPM est aujourd’hui classé comme trouble dépressif dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie. 

Mais au-delà de ces considérations scientifiques, qu’en est-il du ressenti directement exprimé par les principales intéressées ? 

Cycle menstruel et humeur : ce que les femmes ressentent

Dans une enquête réalisée en 2021 sur l’impact des règles dans leur vie7, 81 % des femmes interrogées déclaraient ressentir des effets négatifs sur leur état psychologique. Parmi les désagréments constatés, la fatigue arrivait en tête (80 %), devant l’irritabilité (71 %), l’émotivité (64 %) et un sentiment de mal-être dans son corps (59 %). Des conséquences caractéristiques du SPM, plus ou moins fortement éprouvées. 

Comme son nom l’indique, le SPM se manifeste en toute fin de cycle. Mais cette phase prémenstruelle n’est pas la seule à être le théâtre de divers changements d’état d’esprit. Les variations hormonales tout au long du cycle peuvent provoquer d’autres émotions, parfois positives et motivantes. Pour illustrer ce cycle féminin des humeurs, Gaëlle Baldassari, coach et initiatrice du mouvement « Kiffe ton cycle », utilise la métaphore du surf. Elle compare les phases du cycle menstruel aux étapes mises en œuvre pour braver et dompter les vagues. 

Selon ce modèle :

  • le fait d’être tranquillement posée sur sa planche, fatiguée après la négociation de la dernière vague, correspond à la période des règles en début de cycle ; les hormones sont à leur plus faible niveau, le relâchement est complet ; c’est le moment propice au repos, à l’apaisement, à l’analyse de ce qui vient d’arriver et de ce qui se profile à l’horizon ;
  • la 2e partie de la période folliculaire, juste après la menstruation, est marquée par un regain d’énergie, une envie d’agir et une grande détermination ; c’est la prise d’élan, lorsqu’une nouvelle vague est en train de se former et qu’il faut gagner en vitesse pour l’affronter ;
  • quand la vague est au plus haut, comme les taux d’hormones, c’est la période ovulatoire ; le moral est au beau fixe ; le temps est au partage et à la communication avec les autres ;
  • le cycle se termine par la phase lutéale, la pleine tempête avant le retour au calme sur sa planche ; c’est le tube de la vague, dont il est plus ou moins difficile de s’extraire, chahutée et bouleversée par les éventuels symptômes du SPM.  

 

Cycle menstruel et humeur : un lien établi depuis longtemps, à tort ou à raison, mais pas encore totalement explicité. Même si les troubles prémenstruels tels que le SPM sont aujourd’hui reconnus et de plus en plus diagnostiqués, les mécanismes précis les expliquant restent obscurs. Et vous, quid de vos émotions tout au long de votre cycle menstruel ? Pour vous aider chaque jour à vous sentir bien dans votre corps et dans votre tête, Perdième vous propose toute une gamme de sous-vêtements périodiques – culottes menstruelles, shortys menstruels, string menstruel, maillots de bain menstruels – et de soutiens-gorge assortis, efficaces, confortables et esthétiques. N’hésitez pas à les tester !
Et si vous vous sentez d’humeur particulièrement curieuse, prolongez la découverte avec les articles suivants : 


Sources :

  1. Le Naour, J.-Y., & Valenti, C. (2001, 1er novembre). Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque. Clio. Histoire, femmes et sociétés. OpenEdition Journals. 
  2. Liparoti, M., Troisi Lopez, E., Sarno, L., Rucco, R., Minino, R., Pesoli, M., Perruolo, G., Formisano, P., Lucidi, F., Sorrentino, G., & Sorrentino, P. (2021). La topologie fonctionnelle du réseau cérébral tout au long du cycle menstruel dépend de l’œstradiol et est en corrélation avec le bien-être individuel. Journal de recherche en neurosciences, 99(9), 2271–2286. 
  3. Manon Dubol, C. Neill Epperson, Julia Sacher, Belinda Pletzer, Birgit Derntl, Rupert Lanzenberger, Inger Sundström-Poromaa, Erika Comasco. Neuroimagerie du cycle menstruel : une revue systématique multimodale. Frontières en neuroendocrinologie, volume 60, janvier 2021,100878, ISSN 0091-3022. 
  4. Laura Pritschet, Tyler Santander, Caitlin M. Taylor, Evan Layher, Shuying Yu, Michael B. Miller, Scott T. Grafton, Emily G. Jacobs. Réorganisation fonctionnelle des réseaux cérébraux à travers le cycle menstruel humain. NeuroImage, Volume 220, octobre 2020, 117091, ISSN 1053-8119.
  5. Parry, B. L., & Haynes, P. (2000). Troubles de l’humeur et cycle de reproduction. The journal of gender-specific medicine : JGSM : the official journal of the Partnership for Women's Health at Columbia, 3(5), 53–58.
  6. Pinkerton, J. V. (2022, 4 août). Syndrome prémenstruel (SPM). Manuels MSD pour le grand public.
  7. Les Françaises, les coupes menstruelles et l’impact des règles sur leur vie. Étude Ifop pour Intimina réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 18 avril 2021 auprès d’un échantillon de 1010 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 15 à 49 ans résidant en France métropolitaine. IFOP.

 

Écrit par Camille Dugornay