Le 28 mai, c’est le MH Day !

Représentation d'une serviette hygiénique dans le cadre du MH Day 2021

Parmi les 579 journées dites « mondiales » ou « internationales » célébrées chaque année, saviez-vous qu’il existe la journée internationale de l’hygiène menstruelle ? Également connue sous l’appellation anglaise Menstrual Hygiene Day ou MH Day, elle a lieu le 28 mai. Son but : sensibiliser le public aux nombreuses problématiques auxquelles sont confrontées les femmes à travers le monde lorsqu’elles ont leurs règles. Un jour dans l’année dédié à la mise en lumière de ce que sont la gestion de l’hygiène menstruelle et la précarité menstruelle. C’est l’occasion de mener des actions d’information à propos des menstruations et des sujets connexes, de mobiliser les médias sur ces questions de société et de souligner le travail engagé des défenseurs de la cause tout au long de l’année. Pour tout savoir sur cette journée – son histoire, ses enjeux et le contenu de l’édition 2021 –, lisez la suite !

Retour aux origines de la journée internationale de l’hygiène menstruelle

Comment le MH Day est-il né ?

La première édition du MH Day s’est déroulée en 2014, à la suite d’une initiative de sensibilisation menée l’année précédente par WASH United – WASH pour WAter, Sanitation and Hygiene, soit eau, assainissement et hygiène. 

WASH United est une organisation non gouvernementale (ONG) allemande qui lutte depuis 2010 pour l’amélioration des conditions d’accès à l’eau potable et à l’hygiène dans les pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud. 
En mai 2013, l’ONG lance une campagne de 28 jours sur les réseaux sociaux intitulée May #Menstravaganza. Le but est de parler de test et d’insalubrité des eaux et d’observer si d’autres organismes et institutions montrent un intérêt pour ces questions. Les retours sont très positifs. C’est ce qui incite les organisateurs à instaurer une journée d’action mondiale annuelle pour pérenniser la mobilisation et rassembler tous les partenaires sous la même bannière. 

À partir de 2014, le 28 mai devient la date officielle de la journée internationale de l’hygiène menstruelle.

Pourquoi le MH Day a-t-il lieu le 28 mai ?

La date du 28 mai n’a pas été choisie au hasard. Les deux éléments qui la constituent font chacun référence à une donnée relative au cycle menstruel :
  • Le 28e jour du mois pour les 28 jours en moyenne d’un cycle menstruel ;
  • Le mois de mai, le 5e de l’année, pour les 5 jours en moyenne que dure la période de menstruations au cours d’un cycle.

Une combinaison numérique toute en symbole qui peut servir de moyen mnémotechnique pour se souvenir plus facilement de cette date !

Pourquoi une journée internationale de l’hygiène menstruelle ?

Le MH Day cherche à briser les tabous relatifs aux menstruations et à éveiller les consciences par rapport à l’importance d’une gestion de l’hygiène menstruelle. Mais que signifie exactement l’expression « gestion de l’hygiène menstruelle » ? En quoi constitue-t-elle un enjeu sociétal majeur ? Une journée mondiale consacrée entièrement à ce sujet est-elle vraiment nécessaire ?

Qu’est-ce que la gestion de l’hygiène menstruelle ?

On parle de gestion de l’hygiène menstruelle (GHM) en français ou de Menstrual Hygiene Management (MHM) en anglais. Il s’agit de tout ce dont les femmes et les jeunes filles ont besoin pour appréhender et vivre leurs règles de façon hygiénique, en toute sécurité, intimité et dignité, et sans honte.

Une définition officielle de la GHM par l’OMS et l’UNICEF

À travers leur programme conjoint de surveillance pour l’approvisionnement en eau, l’assainissement et l’hygiène, l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé) et l’UNICEF (le Fonds des Nations unies pour l’enfance) ont défini en 2012 ce qu’ils entendent par GHM : « Des femmes et des adolescentes [qui] utilisent un produit d’hygiène menstruelle propre pour absorber ou recueillir le sang menstruel, qui peut être changé dans l’intimité aussi souvent que nécessaire pendant la durée de la période menstruelle, en utilisant du savon et de l’eau pour se laver le corps au besoin, et en ayant un accès à des installations sécurisées et pratiques pour se débarrasser du produit usagé. Elles comprennent les faits fondamentaux liés au cycle menstruel et comment le gérer avec dignité et sans gêne ni crainte (1)». 

Les éléments constitutifs de la GHM

Une GHM complète et idéale combine les éléments suivants : 
  • l’accès à des produits d’hygiène menstruelle (serviettes hygiéniques, tissus, tampons, sous-vêtements, coupes menstruelles) et des fournitures d’hygiène menstruelle (savon, seau, corde à linge, etc.) adaptés ;
  • l’accès à des informations pratiques sur l’utilisation, le nettoyage et l’élimination de ces produits et des ressources éducatives factuelles et concrètes sur les règles et l’hygiène menstruelle ;
  • l’accès à des installations adéquates pour à la fois se changer, nettoyer et faire sécher si besoin sa protection périodique (toilettes et salles d’eau sécurisées, privées et équipées d’eau), et la jeter de façon pratique et discrète une fois utilisée, que ce soit à son domicile ou dans les lieux et établissements publics ; 
  • la sécurité, garantie par un environnement sûr et la possibilité d’accéder aux installations de jour comme de nuit ;  
  • l’intimité, avec la capacité de gérer son cycle menstruel en privé et en toute discrétion ;
  • la dignité, grâce à la prise en compte des normes sociales et culturelles qui imprègnent chaque pays ou région.  

Les obstacles à la gestion de l’hygiène menstruelle : ce qui pose problème

Les freins à des conditions d’hygiène menstruelle satisfaisantes sont les problématiques qui touchent chacune des dimensions, mentionnées précédemment, qui composent la GHM. 

  • Manque de moyens pour les produits d’hygiène menstruelle

Nombreuses sont celles qui rencontrent des difficultés financières  – travailleuses précaires, collégiennes, lycéennes, sans-abris –, ne peuvent plus s’acheter des protections hygiéniques (plus du tout ou en quantité suffisante) et connaissent ainsi la précarité menstruelle, dont nous vous avions déjà parlé dans un article sur le blog. Parfois, c’est le mauvais approvisionnement ou la pénurie de ces biens de consommation qui empêche les femmes d’y avoir accès. 

  • Manque d’information

Les femmes, notamment les jeunes filles, n’ont pas toujours la chance de bénéficier d’une éducation sur les questions liées à leurs règles, qui se posent à elles tôt dans leur vie. La dimension intime et le lien fort avec la sexualité, ainsi que les idées reçues sur les menstruations, peuvent mettre mal à l’aise celleux qui reçoivent les informations, mais aussi celleux qui les donnent. Ce sont habituellement les mères, tantes, sœurs ou amies qui fournissent les premières informations, souvent teintées de commentaires subjectifs liés à l’expérience personnelle, de croyances culturelles et de superstition.

  • Manque d’installations 

Les infrastructures nécessaires sont parfois inexistantes ou ne sont pas systématiquement propres, équipées de serrure, de poubelle ou même de point d’eau, et sont dans certains cas mixtes. 

  • Gêne et anxiété

Les clichés que véhicule la société peuvent amener les femmes à penser que les règles sont sales, voire malsaines, et induire chez elles un sentiment de malaise ou de honte. La stigmatisation des pertes et du sang peut les contraindre à se limiter dans leurs activités et interactions sociales, par peur des fuites et des taches sur leurs vêtements. Les préoccupations liées à la gestion de leurs menstruations peuvent représenter une charge mentale pesante pour certaines femmes.

  • Tabous culturels

Les croyances culturelles locales peuvent engendrer des situations et des comportements à risque pour les femmes. Certains types de protection périodique sont proscrits, utilisés en cachette ou à mauvais escient. Des lieux ou des activités sont interdits aux femmes lorsqu’elles sont dans leur période de règles, les contraignant à l’isolement, comme en Inde où l’accès au temple leur est refusé (2) ou au Népal où elles sont temporairement bannies de leur village et doivent vivre dans des cabanes à part (3)

Y a-t-il vraiment besoin d’une journée mondiale pour l’hygiène menstruelle ?

Les difficultés que rencontrent les femmes au quotidien par rapport à la gestion de leur cycle menstruel ne sont pas anecdotiques. C’est une vérité pour un très grand nombre de femmes partout dans le monde. Selon l’association Règles Élémentaires, ce sont « 100 millions de filles dans les pays en voie de développement qui ratent une semaine d’école par mois à cause de leurs règles et du manque d’accès à des produits d’hygiène intime adaptés » (4). Mais cela ne concerne pas uniquement les pays en voie de développement : en France par exemple, 2 millions de femmes sont confrontées à la précarité menstruelle (4)

Les conséquences d’une mauvaise hygiène menstruelle peuvent être multiples, handicapantes et parfois graves : inconfort, irritations ou infections lorsque les produits d’hygiène menstruelle sont mal utilisés, lésions gynécologiques, augmentation du risque du syndrome du choc toxique lorsque certaines protections sont portées pendant de nombreuses heures consécutives, perte de confiance en soi, problèmes de décrochage scolaire, d’exclusion sociale et d’insertion professionnelle, etc. 

Cette journée est donc un outil essentiel pour communiquer sur ces faits et ces risques. Un site web officiel a été développé en conséquence. Le MH Day s’y donne pour mission de : 

  • « briser le silence, sensibiliser et changer les normes sociales négatives autour de la GHM dans le monde entier ;
  • engager les décideurs aux niveaux mondial, national et local afin de renforcer la priorité politique de la GHM et de catalyser l’action ». 

C’est également un évènement annuel ponctuel qui vient en complément de toutes les actions menées en continu le reste de l’année.

Les éditions 2020 et 2021 de la journée internationale de l’hygiène menstruelle

Le MH Day 2020

Des chiffres records 

La pandémie de covid-19 a fortement impacté l’édition 2020 de la journée internationale de l’hygiène menstruelle. Malgré cela, le MH Day s’est montré très satisfait des résultats obtenus en 2020 :  
  • plus de 4 000 articles publiés dans les médias en ligne sur la santé et l’hygiène menstruelles, soit une progression de 84 % par rapport à l’année 2019 ; 
  • 151 000 contributions sur les réseaux sociaux ;
  • plus de 225 évènements organisés en ligne autour du MH Day. 

Un objet de reconnaissance et de soutien : le bracelet menstruation

L’édition 2020 a également été marquée par le lancement d’un nouvel outil de rassemblement et de communication : le bracelet menstruation

Il s’agit d’une représentation d’un bracelet composé de 28 perles au total : 23 sont blanches et 5 sont colorées en rouge, comme rappel de la date du 28 mai et de sa symbolique cachée. 
L’idée ? Encourager chacun à se prendre en photo avec le bracelet à son poignet et à partager l’image sur les réseaux sociaux, pour donner de la visibilité à la cause et y apporter son soutien. 
Comment ? Créer soi-même sa version physique du bracelet avec ses propres moyens – perles, pois chiches, etc. – ou bien utiliser la version numérique téléchargeable sur la plateforme MH Day et l’insérer dans une de ses photos. 

Le MH Day 2021

La journée internationale de l’hygiène menstruelle 2021 est placée sous le signe de l’action, avec pour hashtags officiels : #MHDay2021 et #ItsTimeForAction.

La vidéo de la campagne 2021 donne la parole aux représentants des différentes organisations et associations partenaires. 

Le site MH Day recense les évènements de cette édition 2021, partage des infographies et met à disposition des kits de communication réalisés par plusieurs artistes dans 7 langues différentes.  


Chaque édition de la journée internationale de l’hygiène menstruelle donne lieu à des centaines d’initiatives, évènements et activités organisées par les différents partenaires. Le MH Day ambitionne « de créer un monde où aucune femme ou fille n’est freinée parce qu’elle a ses règles d’ici 2030 ». Ce qui se joue ici, c’est l’opportunité pour toutes les femmes d’atteindre leur plein potentiel, en France et dans le monde, que ce soit personnellement ou professionnellement.

 

Écrit par Camille Dugornay

 

Sources

  1. WHO/UNICEF Joint Monitoring Program (JMP) for water supply, sanitation and hygiene. Consultation on Draft Long List of Goal, Target and Indicator Options for Future Global Monitoring of Water, Sanitation and Hygiene

  2. Bouissou, J. (2017, 24 décembre). Les Indiennes bravent les règles. Le Monde.fr

  3. Stacke, S. (2020, 5 novembre). Au Népal, une croyance traditionnelle oblige les filles et femmes de fuir leurs foyers pendant leurs règles, jugées impures. Elles sont forcées d’aller dans des huttes qu’elles partagent. National Geographic

  4. Règles Élémentaires. Missions et chiffres clés