La précarité menstruelle, un enjeu de santé publique majeur

Femme recroquevillée précarité menstruelle

Le 4 décembre 2020, lors d’une interview accordée au média en ligne Brut., Emmanuel Macron avait évoqué la thématique de la précarité menstruelle comme un véritable problème social nécessitant « une réponse concrète ». C’est la première fois qu’un Président de la République prend la parole à ce sujet. Les règles restent encore tabou dans la société et les problématiques qui en découlent le sont tout autant.

Le débat sur le prix des protections périodiques est loin d’être anecdotique. En effet, les dépenses liées à ces produits de première nécessité ne sont pas négligeables et entraînent des situations difficiles pour de nombreuses femmes qui vivent tous les mois ce qu’on appelle la « précarité menstruelle ».

On brise le silence dans cet article et on vous explique tout.

La précarité menstruelle, une réalité pour beaucoup de femmes en France

La  précarité menstruelle désigne la difficulté à se procurer des protections périodiques par manque de moyens. Selon une enquête réalisée par l’IFOP en mars 2021, c’est une réalité qui touche en France 12 % de la population féminine soit près de 2 millions de femmes (1). Tous les mois, des collégiennes, des lycéennes, des étudiantes, des travailleuses précaires ou des femmes sans-abri font face à cette difficulté qui creuse encore davantage les inégalités sociales et de genre. Les protections hygiéniques sont des produits de première nécessité, et leur accès est un enjeu de justice sociale et d’égalité des chances. Cette problématique touche notamment beaucoup  de jeunes femmes au cours de leur cursus universitaire. En effet, une étude menée en février 2021 par la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes), l’ANESF (Association nationale des étudiants sages-femmes) et l’AFEP (Association fédérative des étudiants picto-charentais ), a démontré qu’une étudiante sur trois déclare avoir besoin d’une aide financière pour pouvoir s’en procurer (2).

La précarité menstruelle  est une problématique qui émerge actuellement dans le débat public grâce aux associations qui agissent sur le terrain et aux parlementaires. Ces acteurs inscrivent collectivement cette problématique au sein de l’agenda politique en tant que problème de santé publique dont les conséquences ont un impact désastreux sur la qualité de vie des femmes concernées. 

Des conséquences physiologiques et psychologiques majeures 

Les risques de santé liés à la précarité menstruelle sont bien réels. En effet, la précarité menstruelle a des conséquences importantes pour la santé  physique et morale des femmes en difficulté financière. Un sentiment de honte entoure la précarité menstruelle, entraînant fatalement des situations d’exclusion sociale, de décrochage scolaire et des problèmes de réinsertion.

Les femmes s’exposent à des lésions gynécologiques et à un risque accru au choc toxique. Le SCT, le Syndrome du Choc Toxique, est une infection rare, parfois mortelle, provoquée par une bactérie qui libère une toxine dans le sang. Les tampons créent un milieu de culture où la bactérie peut se développer et libérer cette toxine responsable du choc toxique. Le Centre international de recherche en infectiologie de Lyon et le Centre national de référence des staphylocoques ont démontré que le risque de syndrome de choc toxique est multiplié par deux lorsqu’on garde un tampon plus de six heures, et par trois quand le tampon est porté toute la nuit (3). Conserver une protection périodique trop longtemps peut mettre en danger la vie d’une femme. Dans des situations de précarité, certaines personnes ont aussi recours à des solutions d’urgence en utilisant du papier toilette ou encore des journaux, ce qui peut entraîner des irritations ou de graves infections.

Mais quelles sont les solutions pour lutter contre la précarité menstruelle?

En matière de lutte contre la précarité menstruelle, un pays fait figure d’exemple en Europe et dans le monde : l’Écosse. Dès 2018, le pays avait rendu les protections périodiques gratuites dans les établissements scolaires et universitaires. En novembre dernier, l’Ecosse a déclaré gratuit l’accès à ces produits de première nécessité. Il est désormais inscrit dans le droit écossais que toute femme peut obtenir gratuitement des protections périodiques dans un bâtiment public.

En France, la gratuité des protections menstruelles est expérimentée depuis plus d’un an dans les collèges, les lycées et auprès des femmes en situation de précarité avec l’installation de distributeurs de protections hygiéniques en libre-service dans quelques établissements publics. Mais il est nécessaire d’élargir ces mesures concrètes, qui s’avèrent être rarement appliquées. C’est ce qu’a constaté Emmanuel Macron lors de son interview en décembre dernier : « J’ai demandé qu’on avance, je veux qu’avec les associations compétentes et pour toutes les femmes qui sont dans cette situation on puisse avoir une réponse ». Suite à cette déclaration, 5 millions d’euros ont été débloqués par l’État à destination des populations les plus précaires : les femmes incarcérées, les femmes sans-abri ainsi que les collégiennes et lycéennes. Quant aux universités, le 23 février dernier, la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, a également annoncé la gratuité des protections hygiéniques dans les établissements universitaires à la rentrée 2021 avec la mise en place de distributeurs dans l'ensemble des résidences, des restaurants et des services de santé universitaires.

Le travail associatif et militant occupe une place essentielle dans la recherche de solutions contre la précarité menstruelle. C’est le cas de l’association Règles Élémentaires. Depuis 2015, cette association agit pour briser le tabou des règles et venir en aide aux femmes précaires en organisant des collectes de protections périodiques. Depuis sa création, Règles Élémentaires a distribué plus de 4 millions de protections hygiéniques et plus de 100 000 femmes ont pu bénéficier de cette aide (4).

Selon la FAGE, un travail de pédagogie et d’information est également nécessaire dans le cadre scolaire et universitaire afin de rompre le silence et la honte injustifiée qui entourent les problématiques menstruelles et pour sensibiliser les jeunes aux règles et aux maladies associées. Normaliser les règles, c’est considérer la précarité menstruelle comme un réel problème de santé publique et ainsi améliorer la santé et la vie des femmes en situation de précarité.

Si vous souhaitez faire des dons, voici le lien du site de l’association Règles Élémentaires où vous pouvez retrouver tous les points de collecte disponibles en France : https://www.regleselementaires.com/donner/trouver/

 

Écrit par Inès Perrein

 

Sources :

  1. IFOP. (2021, mars). Étude sur la précarité menstruelle et les préoccupations liées aux règles et aux protections hygiéniques. https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2021/03/117970-CP.pdf. (Étude Ifop pour Eve and Co réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 18 au 19 mars 2021 auprès d’un échantillon de 1 009 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 15 à 49 ans résidant en France métropolitaine.)

  2. FAGE, ANESF, AFEP. (2021, février). La précarité menstruelle chez les étudiant.e.s en Francehttps://www.fage.org/ressources/documents/3/6654-20210208_DP_Enquete_Precarite_Menst.pdf

  3. Faudrait pas s’en tamponner : C’est quoi le choc toxique ? (2020). https://www.inserm.fr/. https://www.inserm.fr/information-en-sante/c-est-quoi/faudrait-pas-en-tamponner-c-est-quoi-choc-toxique

  4. Règles Élémentaires, Missions et chiffres clés. https://www.regleselementaires.com/projet/mission/